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THALYS Ce que la direction ne vous dit pas

Depuis le mois de juin, le comité avait demandé des informations sur les sociétés Thalys et Eurostar à l’épreuve du COVID 19 mais également dans la perspective de fusion des deux compagnies, le projet « Greenspeed ». Les comités nationaux étaient en processus de consultation sans inclure le comité d’entreprise européen qui au regard du droit européen, dispose des prérogatives transnationales afin d’analyser et d’informer les salariés dans la globalité des restructurations envisagées par le Groupe SNCF et les conséquences dans les 5 pays concernés (Royaume-Uni, France, Belgique, Pays-Bas et Allemagne).

 

Le CEE SNCF a fait valoir ses droits devant la justice française afin que la SNCF respecte les droits à l’information et la consultation. La procédure d’appel est toujours en cours. La direction du Groupe a été contrainte d’entamer le processus de consultation le 6 novembre. Devant les informations partielles et le peu d’éléments de réponse fournis, le comité exigé une expertise indépendante. Cette expertise donne des éléments sur les situations à fin novembre et les mesures envisagées mais de nombreuses informations sur les coûts n’ont pas été donné par la direction et la stratégie du groupe SNCF sur les deux compagnies reste opaque.

 

L’activité de Thalys est vertueuse et mêle croissance de l'activité, bonne orientation des résultats et gestion prudente de ses excédents, tout en permettant des versements de dividendes sur les deux derniers exercices

 

La bonne orientation des résultats a permis d'autofinancer ses investissements, de rémunérer ses actionnaires SNCF et SNCB à hauteur de 41 M€ de dividendes sur les deux derniers exercices et dégager des excédents.

 

Élément important, Thalys n’est pas endetté !

 

La crise sanitaire, et les mesures mises en place par les autorités, ont brusquement stoppé la dynamique de Thalys. Les ventes brutes se sont effondrées, entraînant un manque à gagner conséquent. Le manque à gagner en termes de revenus commerciaux constitue le premier facteur de repli du chiffre d'affaires par rapport au budget 2020 de -290 M€. Cependant Thalys prévoit un retour quasi à la normale en 2022 pour un exercice comptable 2023 identique à 2019 soit 542M€ de Chiffre d‘affaire.

 

Au regard de ces difficultés, la direction a mis en place un plan de réduction des pertes. La première version de ce plan aurait généré entre 30 et 55 M€ d'économies, pour un objectif de 100 M€ en 18 mois. Les éléments communiqués font part de 110M€ soit 10M de plus que prévu. L’expertise du CEE révèle un second plan d’économie de 60M€, soit au total 21M€ de réduction de la masse salariale.

 

Des salariés qui trinquent pour des raisons opaques

694 salariés au 31/08/2020 (pour près des trois quarts basés en Belgique), dont 405 agents mis à disposition par SNCF et SNCB

Mieux vaut soigner son bilan comptable que ses ressources humaines. Ainsi, dès 2022 l'entreprise prévoit un retour aux bénéfices. L'entreprise ferait toutefois face à une impasse de trésorerie, l'amenant à s'endetter en l'absence de soutien financier de ses actionnaires, mais la trésorerie redeviendrait positive en 2024.  Par ailleurs, une économie conséquente est déjà faite sur le dos des salariés et de l’Etat belge à travers le chômage économique qui court jusque fin mars. Malgré cela, la direction prévoit 18 licenciements.

 

La sous-traitance est déjà première victime de Thalys, notamment la restauration ferroviaire avec un plan social à RailRest de 71 salariés sur 90. S’ajoute à cela les personnels du nettoyage et de la sécurité. 

 

La stratégie de maintenance et de gestion de la flotte reste opaque et nous n’avons pas d’information sur la gestion des ateliers de Forest et de l’entretien en France et Belgique, ni sur les conséquences pour les conducteurs allemands de Kéolis Deutschland mis à disposition. Les conséquences à moyen terme sur la distribution des titres de transport ainsi que la stratégie des trains IZY restent floue.

 

Quid de la fusion ?

Plus significativement, le projet fusion d’Eurostar et Thalys, « Greenspeed », annoncé par le Groupe début février n’est jamais évoqué. La direction prend ses employés pour des autruches en prétendant que le projet n’entre pas en ligne de compte pour le plan social. Pourtant, les emplois menacés sont des postes liés au marketing et commercial et au management intermédiaire (suppression de 24 postes dont 18 licenciements) qui coïncident sans surprise avec des redondances chez Eurostar. Là encore la direction avance cachée et le COVID a bon dos !

 

En conclusion, l’élément fondamental reste que Thalys n'est pas endettée, ce qui ne devrait lui poser aucun problème pour financer son activité. Elle pourrait recourir : 

       À la responsabilité de ses actionnaires pour combler le besoin en trésorerie jusque 2023 

       À des fonds publics européens, au regard de son activité transnationale et à "l'Europe du rail". A ce titre, l'absence de mesures de soutien de l'UE, à l'instar d'Eurostar, à l'un des fleurons de la construction européenne, est indigne des enjeux, notamment de lutte contre le changement climatique et de développement des échanges en Europe

       À l'endettement, au regard de sa capacité à pouvoir honorer un remboursement d'intérêts et capital, au vu de ses résultats historiques. 

 

Les effets de la crise sont indiscutables, mais Thalys dispose de fondations solides. Elle évolue sur un marché porteur et dispose d'une marge de manœuvre financière que beaucoup d'entreprises frappées par la crise n'ont pas. En outre, Thalys sera un des premiers bénéficiaires de l’état délétère du secteur aérien, frappé encore plus sévèrement et remis en cause d’un point de vue écologique. Les suppressions de postes ne semblent donc pas imposées par une nécessité économique et bien au contraire risquent d’entraver le bon fonctionnement lors d’une reprise certaine.

 

Ce manque de transparence et de clarté de la part de la direction du Groupe SNCF est inadmissible et frôle une fois de plus l’entrave au regard des prérogatives des instances représentative du personnel et nous demanderons des clarifications. Vous pouvez compter sur la détermination du CEE SNCF et de ces 28 membres, 13 nations représentés et les 18 organisations syndicales qui la compose pour agir avec tous les syndicats nationaux et ainsi faire respecter le droit des salariés dans le groupe SNCF.

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